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Amy Ébène : « pourquoi j’ai célébré le 8 mars 2019 »

Comme nous le savons tous, hier était le 8 mars. Un jour rempli de controverses, d’incompréhensions, de jugements et de critiques. Dans mon pays actuel, un pays délabré, délavé, désordonné, désœuvré et déshonoré, cette journée n’a jamais été synonyme de joie. Les femmes, pour la plupart, en ont fait un jour de dépravation, de désolation, avec des comportements plus que malsains et honteux...

Comme nous le savons tous, hier était le 8 mars. Un jour rempli de controverses, d’incompréhensions, de jugements et de critiques.  Dans mon pays actuel, un pays délabré, délavé, désordonné, désœuvré et déshonoré, cette journée n’a jamais été synonyme de joie. Les femmes, pour la plupart, en ont fait un jour de dépravation, de désolation, avec des comportements plus que malsains et honteux…

Aujourd’hui, c’est encore pire. Ai-je encore besoin de rappeler les multiples événements tristes? Toutes les atteintes contre les femmes? Tous les abus? Aucunement.

J’ai grandi et je vis dans un pays où on a enseigné aux femmes qu’elles ne pouvaient se réjouir d’être femmes qu’une seule fois l’an. Le reste du temps, elles devaient rester figées dans leur rôle d’esclaves de la société, d’esclaves des tontines, d’esclaves de leurs maris, d’esclaves de leurs enfants, d’esclaves de leurs familles, d’esclaves de leur genre…d’esclaves de la vie. Personne pour les protéger. Personne pour les encadrer. Même pas le gouvernement, même pas leurs familles…

J’ai grandi en voyant ma mère, amoindrie, battue, abattue, sevrée d’amour, violentée, heurtée, brisée, bafouée, étouffée, emprisonnée, abrutie, par sa famille, par son mari, par la société, par les comportements de personnes différentes, années après années, moi-même y compris, et ce, sans qu’elle ne daigne jamais se plaindre. D’ailleurs, si elle avait envie de le faire, vers qui se serait-elle tournée???

J’ai grandi avec des pensées sexistes à mon encontre, venant de professeurs, de parents, de frères, d’amis, de petits amis, de fiancés, et même de femmes, cherchant à me diminuer, car une fille, ou une femme, selon eux, est née déjà désavantagée et devait bien se tenir, pour ne pas perdre le peu qu’on lui offrait déjà.

J’ai grandi dans un environnement où je ne pouvais pas m’habiller par simple plaisir, par simple envie, par liberté intrinsèque, sans être qualifiée de séductrice, cherchant à attirer l’attention des hommes, cherchant à se faire voir, voir même à se prostituer.

J’ai grandi dans une famille, qui bien que plus éduquée que la moyenne, me faisait toujours remarquer que c’était à moi, et non à mes frères, de faire le ménage, de faire la vaisselle, de faire la cuisine, de ranger derrière eux, parce qu’ils étaient des hommes, et moi une fille. C’était mon devoir. Dieu m’avait créé pour être leur esclave.

J’ai grandi dans une société où même si tu as 15799 diplômes et connaissances, si tu n’es pas mariée, tu es tout simplement une bonne à rien, car la finalité d’une femme, est de trouver un mari.

J’ai grandi dans un environnement où malgré tes superbes projets, si tu ne couches pas avec un dirigeant ou quelqu’un d’influent, ils n’aboutissent à rien. Et quand bien même tes projets seraient mis en avant, aucun crédit ne te serait donné, aucune reconnaissance ne te serait accordée, parce que voyons, tu es une femme ma chère !

J’ai grandi dans une génération où si tu te faisais violer ou tabasser, c’était de ta faute, tu devrais même avoir honte d’en parler, et encore plus de le divulguer. Tu n’avais qu’à ne pas envoyer de signaux séducteurs. Tu n’avais qu’à ne pas mettre d’habits sexys.

J’ai grandi dans une société où tout appartient aux hommes et rien aux femmes. Où les femmes doivent quémander avec les larmes, avec la sueur, avec le sang, tout et même le respect, que mérite tout être humain.

Mes sœurs, elles aussi ont grandi dans des situations difficiles, ont vécu des choses inhumaines et des vices inimaginables. Aujourd’hui encore nous subissons des choses infâmes.

Mais je célèbre cette journée. Je célébrerai cette journée car depuis *1977* le torrent n’a jamais été aussi fort. Des femmes et des filles se lèvent aujourd’hui, combattent, et gagnent leurs batailles.

Je célèbre aujourd’hui les initiatives qui grandissent et naissent tous les jours, venant du sexe faible, de femmes comme moi.

Je célèbre aujourd’hui les femmes intellectuelles qui ont refusé d’être limitées par la pauvreté, par les combines, par les parents ignorants et les jugements.

Je célèbre aujourd’hui les filles voilées, violées et violentées qui ont décidé de mettre leurs peines et leurs douleurs de côté pour ouvrir les yeux et la voie de l’épanouissement à d’autres.

Je célèbre les femmes entrepreneures, qui gagnent des marchés sans l’appui des hommes, et font même mieux que ces derniers, même dans des domaines initialement uniquement réservés aux hommes.

Je célèbre les mères célibataires comme moi, qui éduquent leurs enfants avec de l’amour à revendre et qui se battent pour leur avenir, sans se laisser stéréotyper, ni abattre par les circonstances, la fatigue, la dépression et les jugements.

Je célèbre les mamans qui sacrifient leurs rêves, pour leurs enfants, pour leur donner l’occasion de vivre leurs rêves à eux.

Je célèbre les étudiantes qui se lèvent à 3h du matin, pour être à l’université à 5h pour pouvoir trouver une place dans les boîtes de sardines que sont leurs amphithéâtres, après avoir nettoyé toute la maison pendant que leurs frères dorment.

Je célèbre les aventurières aux cœurs de lion, qui outrepassent la peur d’être violées ou tuées dans des terres inconnues, et celle de laisser leurs pays, leurs familles parce qu’elles croient en un avenir meilleur, ailleurs.

Je célèbre les femmes qui disent haut et fort, ce qui se dit tout bas.

Je célèbre celles qui sortent chaque matin et acceptent de se salir dans les marchés au lieu de rester les bras croisés à la maison.

Je célèbre les sœurs, les femmes d’églises qui prient pour la paix dans les foyers et dans la Nation.

Je célèbre celles qui sont dans l’ombre, mais qui sont les piliers de tout notre pays.

Je célèbre les femmes qui quittent leurs bureaux à 18h, pour aller continuer dans leurs deuxièmes bureaux, leurs foyers, où des maris et des enfants s’attendent à ce qu’elles fassent tout sans jamais être fatiguées.

Je célèbre les femmes, malheureuses, blessées qui cachent leur tristesse derrière de grands sourires en écoutant les problèmes des autres.

Tout simplement,  « JE CÉLÈBRE LE COURAGE QUE CHAQUE FEMME A D’ÊTRE UNE FEMME ET DE VIVRE UNE VIE DE FEMME »

Nous pouvons pleurer et critiquer…Ou nous pouvons regarder le bon côté des choses.

Il y’a énormément d’échecs. Il y’en aura toujours, mais nos échecs, aussi nombreux soient-ils, ne sont en rien comparables, à toutes nos batailles gagnées, ni à celles qu’on gagnera encore.

Soyez fières de cette journée chères femmes. Soyez fières de nos acquis. Soyez fières de nos luttes. Soyez fières de ce que nous accomplirons encore.

L’avenir paraît sombre. Mais l’avenir est radieux. Incroyablement et incontestablement radieux, *grâce à vous, chères femmes*

*Continuons d’être courageuses*

*Bonne fête de la valorisation de la femme et de l’application de ses droits*

*_Amy Ébène_*
Écrivaine, Poète, Lyriciste, Blogueuse, Communicateur, Community Manager, Et Maman De Trois Magnifiques Futures Femmes
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1 Comment
  • Michèle
    9 mars 2019 at 11 h 16 min

    Magnifique message… 🥰🥰🥰 j’adh Totalement.

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