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Armand-Rodolphe Djaleu : « Il faut une renégociation des accords signés avec l’Union Européenne »

Journaliste et panafricaniste, le directeur de l’information de la radio Médiafrique (99.9 FM) à Douala répond à nos questions sur le nouveau visage du monde dessiné par les grandes puissances qui avancent en rangs dispersés.

Journaliste et panafricaniste, le directeur de l’information de la radio Médiafrique (99.9 FM) à Douala répond à nos questions sur le nouveau visage du monde dessiné par les grandes puissances qui avancent en rangs dispersés.

En tant que panafricaniste, quelle leçon tirez-vous de la crise sociale en France?

La crise est un événement normal dans la vie politique d’une nation. Pas une grande leçon, on retient seulement le besoin de voir un corps de métier « gilets jaunes » qui veut améliorer ses conditions de travail. En Afrique, les travailleurs meurent par résilience faute de dénonciation, de revendication des droits les plus élémentaires. Les africains travailleurs doivent se mettre ensemble pour faire bouger les lignes, sinon, nous n’aurons jamais un climat social fiable. Par ailleurs, la manifestation a été interdite par la préfecture de Paris, mais elle a eu lieu, d’où la répression des forces de l’ordre. C’est par là, une preuve par quatre qu’il n’y a pas de grande démocratie et que chacun devrait faire un idéal propre à ses réalités sociales. La position du président Macron, de se maintenir à sa décision sur la taxe carbone, donne l’impression d’un dictateur qui refuse de dialoguer avec ses citoyens, il doit écouter les manifestants, sinon cette crise entraînera sa chute.

Quels avantages ou inconvénients pour l’Afrique ?

L’Afrique qui est souvent vue comme le mauvais élève en matière de démocratie doit se réjouir en ce moment, disant que même en France et au 21ème siècle, nos ancêtres les gaulois, tirent, frappent et emprisonnent les manifestants qui revendiquent les conditions idoines de travail. Comme quoi il pleut sur tous les toits. Cependant, cela ne doit pas être un prétexte pour nos mauvais gouvernants africains adeptes du mauvais exemple. C’est vrai qu’en Afrique, faute de construire un système social propre à nous, pour mieux gérer nos pays, nous passons du temps à faire comme eux.

Lire aussi : Brexit, Donald Trump, Gilets Jaunes : le vin est tiré, l’Afrique doit boire !
Avant les « gilets jaunes », on a eu le Brexit. Pour vous le départ du Royaume-Uni de l’Union Européenne aura-t-il un avantage ou un inconvénient sur l’Afrique ?

Il me semble que oui, dans la mesure où plusieurs accords commerciaux entre le Royaume-Uni et des pays africains ont été conclus sous l’égide de l’Union Européenne (UE), il devrait y avoir renégociation. Ainsi, les principaux pays affectés seront l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Botswana, l’Angola, le Kenya, le Ghana et le Sénégal, avec lesquels, selon Barclays, 80% des exportations britanniques en Afrique subsaharienne se font.

Quelle position nos dirigeants doivent-ils avoir en ce moment au regard de ce qui se passe partout dans le monde ?

Une position de non ingérence. Ce n’est pas parce que les dirigeants occidentaux passent leur temps à faire des leçons à nos dirigeants que pour une petite manifestation en France nous devrons faire la même chose. Nous avons plusieurs problèmes actuellement qui nous préoccupent en Afrique, il faut à mon avis trouver des solutions de développement que d’être observateur sibyllin des petites manifestations de rue en France. Non, l’urgence en Afrique est dans la construction des infrastructures dans tous les domaines. Nous devons réfléchir comment fabriquer les armes, la voiture, le téléphone, etc, pour sortir de la position du consommateur servile que nous sommes.

En parlant justement du développement, la politique de l’administration Trump est-elle en faveur ou en défaveur de l’Afrique ?

Les slogans de Trump étaient : « Make America great again » (Rendre à l’Amérique sa grandeur), « Make America grow again » (Rendre à l’Amérique sa croissance). En gros c’est la relance des affaires du pays qui se résumait en trois points : baisses d’impôts, le protectionnisme et la déréglementation. Vous comprenez par là que sa politique est largement en défaveur de l’Afrique. Tout comme Obama, Trump ne roule que pour les intérêts américains.

Après cette brillante lecture, vous pensez que tous ces événements peuvent susciter une vraie indépendance des pays africains ?

L’indépendance de l’Afrique viendra de la prise de conscience collective des africains et non des petites manifestations en Europe. Pour cela, il faut trouver un idéal de gouvernance propre aux africains et non faire le copier coller de ce qui se passe ailleurs. Il faut trouver, où sont nos forces, quelles sont nos faiblesses ? Comme il n’y a rien de nouveau sous le soleil, il faut copier le model chinois. En gros l’Afrique doit renaitre avec ses vraies réalités et celles venues d’ailleurs.

Propos recueillis par Didier Ndengue
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