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Dolly Afoumba : « les anciennes colonies Britanniques sont exempts de la dette coloniale que doivent verser 15 pays de la zone franc »

Le 22 février 2019, elle fait un post sur sa page Facebook dans lequel elle annonce la publication de son premier ouvrage. Elle se réjouit que celui-ci soit officiellement entré dans le cercle très fermé de la science. « Mon premier ouvrage scientifique a été approuvé, publié et peut être consommé sans modération ». Ce livre est en anglais et s’intitule « British Economic Imperialism : The Establishment of the East African Currency Board and the Case Study of Kenya in the First Half of the 20th Century ».

Le 22 février 2019, elle fait un post sur sa page Facebook dans lequel elle annonce la publication de son premier ouvrage. Elle se réjouit que celui-ci soit officiellement entré dans le cercle très fermé de la science. « Mon premier ouvrage scientifique a été approuvé, publié et peut être consommé sans modération ». Ce livre est en anglais et s’intitule « British Economic Imperialism : The Establishment of the East African Currency Board and the Case Study of Kenya in the First Half of the 20th Century ». Il renseigne sur la colonisation monétaire de la Grande Bretagne en Afrique de l’Est et fait un rappel historique sur l’identité économique des Africains de cette région avant et pendant la colonisation. « Vous y trouvez aussi les informations sur les monnaies africaines, les modes de résistance à la colonisation ainsi que le débat et les mesures autour de l’introduction de la monnaie coloniale britannique», renseigne l’auteure sur le réseau social américain. La curiosité nous a poussés à aller à la rencontre de cette panafricaniste engagée vivant en Allemagne. Dans cette interview, elle donne plus de détails sur son bouquin.    

Bonjour Dolly Afoumba. Vous venez de mettre sur le marché mondial un bouquin intitulé « British Economic Imperialism » (Impérialisme Economique Britannique) qui traite de l’aspect monétaire et économique de l’hégémonie britannique en Afrique de l’Est, avec un accent particulier sur le Kenya. De façon sommaire, à quoi le lecteur devra-t-il s’attendre en allant se procurer un exemplaire de votre livre ? 

Bonjour M. Ndengue et merci de me permettre de m’exprimer sur votre média. Oui en effet, je viens de mettre sur le marché une étude que j’ai effectuée dans le cadre de mes recherches académiques. Elle porte sur l’impérialisme monétaire Britannique en Afrique de l’Est plus précisément sur le système d’émission de la monnaie coloniale anglaise dans ses anciennes colonies. Le livre s’intitule : British Economic Imperialism: The Establishment Of The East African Currency Board And The Case Study Of Kenya In The First Half Of The 20th Century. (Impérialisme Economique Britannique : l’Etablissement du Currency Board Est Africain et le cas du Kenya dans la première moitié du 20eme siècle). Le lecteur pourra y trouver des informations sur les rapports économiques entre les commerçants Kenyans et les marchands étrangers (Indiens, Arabes, Anglais et autres Européens). Il pourra aussi s’informer sur les anciennes monnaies utilisées par les Africains avant l’arrivée du colon, l’introduction et l’officialisation de la roupie indienne en Afrique de l’Est, l’institutionnalisation de la colonisation à travers les lois sur les taxes, le travail forcé, les lois de propriété foncière, l’octroi arbitraire des terres des marchands africains aux colons ainsi que la démonétisation de la roupie indienne au profit du shilling britannique.

Lire aussi : En attendant la mort du FCFA : il y’a 73 ans, les colonies anglaises d’Afrique lâchaient le Currency Board
 Avec leurs politiques monétaires actuelles, avez-vous l’impression que les anciennes colonies Britanniques se portent bien aujourd’hui? 

Se porter bien serait un bien grand mot, tant il est vrai que l’expérience du passé colonial n’a pas laissé libre cours à la créativité et la dignité managériale que l’on reconnaissait aux Africains avant l’arrivé du colon. Cependant, une simple comparaison d’avec les Etats de la zone Franc donnerait clairement un avantage non seulement visuel mais aussi réel aux anciennes colonies Britanniques qui disposent aujourd’hui de l’émission souveraine de leur monnaie. Ils peuvent en effet définir leur budget selon les exigences du marché, ils ont une créance flexible pour les nouveaux et anciens entrepreneurs, ils ne reçoivent aucun véto étranger dans leur système d’émission. Ils sont surtout exempts de la dette coloniale que doivent par exemple verser 15 pays (8 États membres de l’UEMOA, 6 de la CEMAC et les Comores) africains à la France chaque année. Cette situation leur confère une plus grande liberté managériale de leur économique et le résultat pour les plus dynamiques se remarque aisément : des 10 États Africains les plus riches, 6 (les 3 premiers : Nigeria, Afrique du Sud, Égypte ainsi que les pays d’Afrique de l’Est tels que le Soudan, le Kenya et la Tanzanie) sont des anciennes colonies Britanniques. 

Ce livre peut-il aider les pays africains de la zone franc qui utilisent encore la monnaie coloniale qu’on appelle FCFA à s’en débarrasser ? 

Pour se débarrasser du CFA, il faut une véritable volonté politique. Le livre est plus informatif que dénonciateur car il s’agit d’un travail scientifique sur la domination financière Britannique dans ses anciennes colonies et surtout en Afrique de l’Est, le Kenya étant la courroie par laquelle sont passées l’essentiel des réformes y relatives. Le livre permet aux États sous le système colonial français de comprendre qu’il ne s’agit pas d’une monnaie souveraine fabriquée en France. Que d’autres États ont subit le même mode de domination. Que le CFA n’est pas une innovation de la France pour sauver les Africains mais plutôt une continuité de la colonisation adaptée aux réalités contemporaines. Ce rappel historique permet aussi à la société civile qui doute encore des origines de la servitude monétaire de faire un voyage dans l’histoire afin de réaliser qu’il est possible de se débarrasser de la chaine de l’esclavage et prendre son destin en main car les pays qui l’ont fait sont aujourd’hui des exemples de développement et de bonne gouvernance en Afrique. 

Lire aussi : Politique monétaire : le FCFA étrangle plus de 60% de banques africaines

 N’avez-vous pas peur que ce bouquin ne soit interdit de vente en Afriquecentrale et de l’Ouest par les gardiens du temple du CFA dans ces deux blocs régionaux ? 

Non, pas du tout. Les livres sommés par les gardiens du temple du Cfa comme vous l’appelez sont souvent de véritables tribunaux de cette monnaie coloniale. Le mien n’en est pas un. Il est plutôt un bouquin historique sur l’impérialisme économique Britannique qui aujourd’hui n’existe plus sous la forme d’émission monétaire. Je précise néanmoins dans le livre que ces pays ne sont pas complètement débarrassés du système colonial tant il est vrai que certains accords préférentiels ont par exemple permi à l’Union Européenne d’exercer une énorme pression sur le Kenya afin qu’il signe les accords sur les APE (Accords de partenariat économiques). Il faut également dire que ce bouquin serait une très bonne source littéraire pour les chercheurs dans ce domaine car il y a très peu d’études sur la domination monétaire Britannique en Afrique.

Le livre est-t-il déjà disponible sur le marché africain? Où peut-il le trouver et à quel prix? 

Aujourd’hui, le marché n’a plus une limite géographique. Le livre sera bientôt disponible sur les plateformes en ligne et celles-ci sont accessibles à tout le monde. Je travaille encore sur l’édition en Français. Je souhaite que celle-ci soit publiée par une maison d’édition africaine afin que sa vente arrive aisément dans les librairies sur place en Afrique. Pour le moment, ceux qui veulent l’obtenir doivent me contacter par Email : dafoumba@yahoo.com ou par Facebook Messenger : Afoumba Dolly 

Entretien mené par Didier Ndengue  

 

 

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