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Emmanuel Pi Djob : « le 22ème siècle sera forcément africain et afro-descendant »

« Exile Radio », son nouvel album sera dans les bacs début 2020. En décembre prochain, Emmanuel Pi Djob séjournera au Cameroun pour deux concerts inédits à Yaoundé et à Douala pour la restauration de la paix dans son pays. Il a accepté de nous en dire plus dans cet entretien riche en enseignements.

« Exile Radio », son nouvel album sera dans les bacs début 2020. En décembre prochain, Emmanuel Pi Djob séjournera au Cameroun pour deux concerts inédits à Yaoundé et à Douala pour la restauration de la paix dans son pays. Il a accepté de nous en dire plus dans cet entretien riche en enseignements.

 Bonjour Emmanuel Pi Djob, d’entrée de jeu, pouvez-vous présenter votre nouvel album à nos lecteurs?

L’album « Exile Radio », dont deux singles sont en écoute au Cameroun depuis une semaine, se démarque des mes précédents opus par une imprégnation bien plus africaine : rythmes, arrangements musicaux, langues chantées, artistes invités

Quels sont les thèmes abordés dans cet opus?

Le titre de l’album fait référence à tous ces artistes africains et afro-descendants dont la musique en particulier ou l’art en général rend l’exil plus supportable à tous ceux qui vivent cet éloignement, que ce soit volontairement ou involontairement (je pense notamment aux migrants pour lesquels j’ai une tendresse et un respect particuliers). J’y parle donc des différents exils que je connais en tant qu’africain :

– exil avec notre Histoire que d’autres s’obstinent à raconter et à écrire à notre place

– exil avec soi-même du fait de la perte de repères et de racines

– exil amoureux, parfois

– exil avec sa famille d’origine et les réminiscences que cela suscite en nous

Je parle aussi de la formidable capacité d’adaptation et de résilience que ces exils peuvent révéler en nous, nous transformant en humains du 22ème siècle.

Pour moi, l’Afrique est déjà au 22ème siècle, prête pour les défis que ces temps du futur nous réservent. La maturation aura été lente, longue, douloureuse mais le 22ème siècle sera forcément africain et afro-descendant.

Vous avez justement un titre avec le patriarche Manu Dibango, qui parle de la renaissance de la conscience collective africaine. Pourquoi un tel concept en 2019?

La renaissance de la conscience collective africaine n’est pas un « concept » : c’est une réalité inéluctable (génération Kemi Seba, Philippe Omotunde, Mbock Bassong, Ama Zama…Qui prennent le relai des aînés Théophile Obenga, Hugh Masékéla, Fela Kuti, Thomas Sankara, Prince Dika Akwa voire encore le colonel Mouammar  Kadhafi ) et un passage obligé vers le redressement rêvé par tous les dignes filles et fils d’Afrique. Le choix du patriarche (terme très juste à plusieurs titres, Manu Dibango étant entre autres un dignitaire du Ngôndô et le musicien africain par excellence) est la résultante d’une rencontre, de quelques échanges avec ce géant de la musique mondiale. Sous ses dehors de patriarche débonnaire, Manu Dibango représente pour moi le symbole de la résistance tranquille, du guerrier lucide qui ne fait pas de vagues mais pose les jalons de ce qui est un combat de longue haleine pour nous tous africains et afro-descendants. Sa musique a toujours jeté des ponts entre l’Afrique et ses ramifications diasporiques. Et même s’il a mélangé sa musique à quasiment toutes formes musicale existantes, il est toujours resté farouchement africain, au point de garder (peu de gens le savent) sa nationalité camerounaise! Invité incontournable donc pour moi, dont la bénédiction rayonne sur l’ensemble de l’album. Fait rare que je tiens à souligner (même s’il préférerait que cela reste secret), monsieur Dibango a tenu à ce que sa participation soit totalement gratuite, et n’a exigé aucun cachet. Respect. D’autres artistes camerounais ont été sollicités en guests : un génie de la basse, un rappeur célèbre d’origine anglophone et une chanteuse exceptionnelle à l’aura de diva. Je ne cite pas de noms, les tractations étant encore en cours. Par contre je peux déjà confirmer un accord de featuring avec le fantastique groupe de musique traditionnelle basa, Kunde!!

Avez-vous l’impression que les musiciens africains en vogue contribuent à la renaissance de notre continent ?

Qu’ils le veuillent ou pas, oui. Qu’ils en aient conscience ou pas, oui, je le crois. Je n’attends pas de chaque artiste africain ou afro-descendant d’être un artiste « engagé ». Il est primordial que la création reste libre dans son inspiration, même dans le contexte de combat dans lequel nous africains et afro-descendants nous situons. Faire bien danser les corps contribue déjà en soi à la renaissance et à la vitalité du continent. Faire danser les corps en conscientisant les esprits est un héritage que nous ont confiés les Myriam Makeba, Franklin Boukaka, Pierre Akedengué, Fela Kuti, Bob Marley, Gil Scott Heron, Peter Tosh, James Brown, Aretha Franklin, Eartha Kitt, des groupes comme Woya ou Ossibisa, Public Enemy, et autres Tupac Shakur, pour ne citer que ceux-là

Pi Djob, quelle est réellement votre champs de bataille en tant qu’artiste musicien?

Sans avoir la fougue, le verbe haut et la flamboyante d’icônes comme Fela Kuti, mon objectif reste l’Afrique, la réunification de toutes ses racines dispersées à travers le monde. Mon approche est rarement frontale et j’opte pour des formes musicales en apparence souple et accessibles. C’est sur scène que j’exprime les grandes lignes de mon « champs de bataille », en gardant bien en tête que le public ne vient pas à un meeting, mais bel et bien pour danser et passer agréable de vie.

Et si on surfait sur votre agenda pour les 3 prochains mois. Qu’est ce que vous réservez à vos fans?

Actuellement, mon AfroSoull Gang et moi préparons l’enregistrement des autres titres de l’album, tout en jouant sur scène l’actuel répertoire (concerts prévus en France métropolitaine, aux Antilles et dans les Ils de l’Océan Indien). Avec en ligne de mire deux immenses concerts prévus au Cameroun en fin décembre, accompagnés par 1100 choristes issus des 10 régions du pays. 1100 voix pour chanter le Vivre- ensemble. Un thème qui me tient à cœur surtout dans le contexte actuel. Rendez-vous à Douala (le 19 décembre, Salle Diamond La Falaise) et à Yaoundé (le 27 décembre, Palais Des Sports), pour deux concerts que nous souhaitons inédits (jamais réalisé en Afrique) et mémorables. Je compte sur toutes les forces vives du Cameroun pour rendre ce rêve possible, au-delà de toutes expectatives.

Entretien mené par Didier Ndengue
Lire aussi : Encadrement des artistes musiciens : l’Institut français corrige les fausses notes du ministère de la Culture camerounais

 

 

 

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1 Comment
  • Monnin Christiane
    2 juillet 2019 at 7 h 40 min

    Bonjour
    Tu es un personnage qu’il serait dommage de ne pas côtoyer tu apporte bonheur et sérénité et tu nous andne à réfléchir profondément au vrai sens de la vie. Merci

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