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Fonds de guerre : les sécessionnistes font mousser la pression sur la SABC

La société brassicole a fermé boutique dans les régions du Sud-ouest et du Nord-Ouest à cause des multiples attaques des séparatistes anglophones.

La société brassicole a fermé boutique dans les régions du Sud-ouest et du Nord-Ouest à cause des multiples attaques des séparatistes anglophones.

Le Groupe de la Société des brasseries du Cameroun (SABC) est attaqué de toutes parts. Il y a d’abord cette augmentation des prix sur certains de ses produits contestée par la Ligue camerounaise des consommateurs. Alors que les autres associations de défense des droits des consommateurs camerounais sont favorables à l’augmentation des prix de la bière, allant de 50 à  100 FCFA, Delor Magellan Kamseu Kamgaing persiste et signe : il faut une augmentation de 32 FCFA. Pas plus. Un employé d’une société brassicole de répliquer : « Le débat entre 32 ou 50 FCFA, pour moi c’est un faux débat. Pourquoi ? Parce que même si on met le prix à 32 FCFA, ce ne sera pas respecté, le consommateur paiera toujours 50 FCFA à la fin ».

C’est donc clair : le prix des bières va inévitablement mousser. A cause de la nouvelle loi des finances qui impose plus d’impôts aux sociétés brassicoles. En plus de ces nouvelles mesures du ministère des Finances du Cameroun, la SABC fait face aux menaces sécessionnistes. Ceux-ci ont fait perdre plusieurs milliards de FCFA à la SABC, alors que l’entreprise, selon mes sources, comptait augmenter son budget alloué à la RSE (Responsabilité sociétale de l’entreprise) cette année.

La menace sécessionniste

Dans le Nord-Ouest et le Sud-ouest, en proie aux menaces sécuritaires, les sécessionnistes ont poussé la SABC à fermer boutique. Des plans de pression ont été mis en exécution pour qu’elle cède à leurs revendications. Plusieurs camions transportant les produits de la société ont été brûlés, et des centres de distribution détruits. Le 22 mai 2018, un véhicule de l’entreprise a été attaqué et incendié dans la localité de Nguembo dans le Nord-Ouest par six séparatistes. On apprend même que des distributeurs ont été enlevés et torturés. L’un d’eux aurait perdu les membres de son corps, coupés par les sécessionnistes.

L’activité tournait au ralenti. La direction générale n’a pas pu supporter cette tourmente. Elle a ordonné la fermeture de ses représentations dans ces deux régions. 400 employés directs de la SABC étaient en poste dans le Nord-Ouest et le Sud-ouest au moment de la fermeture. J’apprends qu’aucun d’eux n’a été mis à la porte jusqu’à présent, malgré les grosses pertes financières et matérielles occasionnées par les sécessionnistes. « Le Dg a décidé de ne licencier personne », rassure une source interne à la SABC.

Pendant l’enquête, je découvre que les sécessionnistes maintiennent la pression sur le groupe dirigé par Emmanuel de Tailly pour qu’il finance le fonds de guerre. La structure qui compte 700 actionnaires camerounais durcit le ton. Pour elle, il est hors de question de contribuer au massacre des populations innocentes dans ces deux régions du pays. C’est sans doute ce refus catégorique qui a fait mousser le courroux des groupes armés.

« Ils appellent les responsables qui étaient en poste dans ces régions pour leur demander de dire à leurs patrons de financer leurs opérations », explique en substance une source sous couvert de l’anonymat. Si la SABC a refusé de céder au chantage des sécessionnistes, qu’en est-il de ses concurrents ? Affaire suivre…

Didier Ndengue
Lire aussi : Doual’air : le groupe français Servair sert une nourriture avariée au PCA

 

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